Dans la chambre de Nicolas

RÉCIT de Tristan
Lorsque nous eûmes atteint la route, mon Maître me dit de me lever et de « marcher ». Sans hésiter, je lui baisai les bottes et me levai pour faire face à la route et lui obéir. Je plaçai mes mains derrière ma nuque, exactement comme quand on m’avait fait marcher au pas. Mais, d’un geste subit, il me prit dans ses bras et me retourna, me fit baisser les mains et m’embrassa.
Au premier abord, je demeurai si embarrassé que je ne répondis pas à son baiser, puis je le lui rendis, presque avec fièvre. Ma bouche s’ouvrit pour accueillir sa langue, et je dus reculer les hanches pour que mon dard ne frotte pas contre le sien.
Il me semblait que mon corps perdait ses dernières forces et que toute la vitalité qui me restait affluait dans mon organe. Mon Maître eut un mouvement de retrait, téta ma bouche, je pus m’entendre soupirer bruyamment, l’écho de mes soupirs escaladait les murs. Timide, hésitant, je levai les bras, et, lorsque je l’embrassai, il ne fit rien pour m’en empêcher. Je sentis le doux contact de sa tunique de velours et la douceur soyeuse de sa chevelure. J’étais presque en extase.
Ma queue se contractait convulsivement, s’allongeait, et tout l’endolorissement que j’éprouvais fut attisé de nouveau. Mais il me lâcha, me retourna et me replaça les mains derrière la nuque.
— Vous pouvez avancer sans vous presser, me fit-il.
À ces mots, ses lèvres effleurèrent ma joue, et, en moi, le mélange de détresse et de désir lancinant était si écrasant que je me remis presque à pleurer.
Seules quelques voitures découvertes passaient sur l’avenue, des promeneurs, à ce qu’il semblait, qui, en atteignant la place, décrivaient un large cercle avant de faire demi-tour pour nous dépasser en trombe. Je vis étinceler les harnais d’argent des esclaves, leurs lourdes clochettes d’argent tintaient sous leurs couilles, et une riche bourgeoise, vêtue d’une cape et d’une capuche de velours rouge vif, faisait claquer une longue mèche argentée au-dessus de la tête de ces poneys.
L’idée me traversa l’esprit que mon Maître aurait dû posséder un équipage comme celui-là, et, en mon for intérieur, la nature de cette pensée me fit sourire.
Mais j’étais encore secoué par ce baiser, et toujours défait par la Roue en Place Publique, jusqu’au plus profond de mon être. Comme mon Maître avançait à grands pas pour se porter à ma hauteur, je crus être la proie du rêve. Je sentis le velours de sa manche dans mon dos, et sa main qui me touchait l’épaule. Ce geste provoqua en moi un tel accès de faiblesse que je dus m’exhorter à avancer.
Sa main s’enroula autour de ma nuque, déclenchant un frisson qui me parcourut tout le corps. Il y avait dans ma queue un nœud qui se resserra et me fit mal, mais je m’abandonnai à ces sensations avec délice. Je fermai les yeux à demi, je perçus les lanternes et les torches comme de petites explosions de lumière. Maintenant, nous étions loin du bruit de la place publique, et mon Maître marchait si près de moi que je sentais sa tunique contre ma hanche et ses cheveux qui effleuraient mon épaule. Nous passâmes devant une porte éclairée d’une torche, à cet instant, nos ombres exécutèrent un saut en hauteur, et nous fûmes presque de la même taille, un homme nu et l’autre élégamment vêtu, qui tenait en main une lanière. Après quoi, l’obscurité.
Nous étions arrivés à sa demeure, et, tout en tournant la grosse clef de fer dans la lourde porte de chêne, il dit, de sa voix feutrée :
— Par terre, sur les genoux, et j’obtempérai, en pénétrant l’univers de cette entrée faiblement éclairée au parquet ciré.
J’avançai à côté de lui, jusqu’à ce qu’il marque un temps d’arrêt devant une porte, et je me retrouvai dans une chambre étrange et nouvelle.
Des chandelles étaient allumées. Il y avait un petit feu dans le foyer, peut-être fait pour assécher l’humidité des murs de pierre, et puis la grande masse d’un lit de chêne, ouvragé, calé contre le mur, avec un ciel de lit à caissons et trois côtés tendus de satin vert. Il y avait des livres, ici aussi, de vieux rouleaux de parchemin de même que des volumes reliés en cuir. Et un bureau avec des plumes d’oie, et des peintures, encore. Mais cette pièce était plus vaste que l’autre et, quoique plongée dans la pénombre, plus réconfortante.
Je n’osai ni espérer ni craindre ce qui pourrait arriver en ces lieux. Mon Maître était occupé à retirer ses vêtements, et tandis que, sidéré, je le regardais faire, il ôta tout, plia soigneusement chaque habit sur le coffre au pied du lit, puis il se retourna face à moi. Son sexe était aussi animé et aussi dur que l’était le mien, légèrement plus gros, mais pas plus long, et la toison de son pubis possédait la même blancheur immaculée que sa chevelure, qui, à la lumière des lampes à huile, semblait presque irréelle.
Il rabattit le couvre-lit vert et me fit signe de le rejoindre.
J’étais si abasourdi que, l’espace d’un instant, je ne pus esquisser un geste. Je regardai le tissage délicat des draps de lin. Au château, trois nuits et deux jours durant, j’étais resté parqué dans ce vulgaire enclos. Ici, je m’étais attendu à dormir dans un coin misérable, sur des planches nues. Mais cela n’était encore rien. Je pouvais voir la lumière jouer sur la poitrine musclée du Maître, et sur ses bras, et sur son dard, qui paraissait grossir à vue d’œil. Je levai brièvement le regard pour arriver droit sur ses yeux d’un bleu profond, puis je m’avançai en direction du lit, j’y montai, toujours sur les genoux, et je m’agenouillai sur le couvre-lit rabattu devant moi. Je tournai le dos aux oreillers, il glissa ses bras autour de moi, et de nouveau m’embrassa. En réponse à sa bouche qui me suçait avec audace et force, je ne pus empêcher mes larmes de dégouliner sur mes joues ni mes sanglots de se coincer dans ma gorge, et pourtant j’essayais de les dissimuler.
D’un geste doux, il m’incita à reculer vers lui et, de sa main gauche, il souleva ses couilles et sa queue. Je me jetai à plat ventre et lui baisai immédiatement les couilles. Je fis courir ma langue sur elles, comme on m’avait appris à le faire dans l’écurie, avec les poneys, je les embouchai et les tâtai tendrement du bout des dents, je pris la queue dans ma bouche et, un peu désarçonné par sa grosseur, je tirai à fond dessus. Elle n’était pas plus grosse, raisonnai-je, que le plus gros des deux phallus du coffret. Non, elle était de grosseur identique, et il me vint à l’esprit cette pensée vertigineuse qu’il ne m’avait préparé que pour son seul usage, et, quand je pensai à lui me pénétrant ainsi à son tour, cela m’excita de manière presque incontrôlable. Je lui suçai et lui léchai la queue, je la goûtai, en me disant qu’il s’agissait du Maître et non de l’un de ces esclaves, qu’il s’agissait de l’homme qui, toute la journée, m’avait commandé en silence, m’avait subjugué, m’avait défait, et je sentis mes jambes s’écarter insensiblement et mon ventre s’incliner très bas, et mon derrière se relever en un mouvement spontané, tandis que je suçais avec de doux gémissements.
Quand il me leva le visage, je pleurai presque. Il désigna un petit pot sur une petite étagère ménagée dans le mur lambrissé. Sur-le-champ, je l’ouvris. La crème qu’il contenait était grasse et d’un blanc immaculé. Il pointa le doigt sur sa queue, et, aussitôt, je pris un peu de crème au bout de mes doigts. Mais avant de l’appliquer j’en embrassai la pointe et j’y savourai un soupçon de suc. Je pointai ma langue dans le minuscule orifice pour en recueillir le fluide qui s’y trouvait.
Puis je l’enduisis bien de crème, sans omettre les couilles et je lissai l’épaisse toison blanche et bouclée jusqu’à la faire reluire. Sa queue était désormais d’un rouge sombre, et elle frémissait.
Le Maître étendit les mains vers moi. Hésitant, je lui appliquai un peu de crème sur les doigts. Il eut un geste qui signifiait qu’il en réclamait plus, et je m’exécutai.
— Retournez-vous, me dit-il.
Ce que je fis, le cœur battant la chamade. Je sentis la crème dans mon anus, enduit bien en profondeur, bien en épaisseur, et puis ses mains m’enveloppèrent, la gauche recueillant mes couilles au creux de sa paume, roulant leur chair molle contre ma queue, de sorte qu’elles se trouvèrent repoussées vers l’avant. Je lâchai un cri bref, désespéré, implorant, en sentant son organe coulisser en moi.
Il ne rencontra aucune résistance. Je fus à nouveau percé, aussi sûrement que je l’avais été par le phallus du coffret, et sous ses coups de boutoir, cinglants comme des gifles, je le sentais se planter au fond, tout au fond. La main qui s’était refermée autour de ma queue la força à se dresser toute droite, et je sentis la main droite du Maître en enrober le bout, la crème s’étaler sur tout le pourtour de la chair torturée, et puis la main se resserra, remonta, redescendit sur toute la longueur de la queue, de haut en bas, de bas en haut, en cadence, avec les coups de boutoir dans mon fondement.
Mes grognements sonores résonnaient dans la pièce. Toute la passion que j’avais retenue prisonnière en moi jaillissait au-dehors, mes hanches étaient animées de violents aller et retour, la queue me fendait en deux, et mon propre organe tira des salves de fluide qui giclèrent furieusement.
Pendant un moment, je ne vis plus rien. Je laissai se vider cette cascade de spasmes dans l’obscurité. J’étais désemparé, suspendu à cette queue qui m’embrochait. Et peu à peu, à l’extrême fin de la vague, je sentis ma queue se raidir encore. Les mains grasses de mon Maître la cajolaient pour qu’elle se redresse. Certes, elle avait subi de trop longs tourments pour se laisser assouvir si aisément. Toutefois, ces agaceries étaient par trop infernales. Je lâchai presque une plainte pour qu’on me libère, mais ces plaintes sonnaient comme des soupirs de plaisir. Sa main me besognait comme il fallait, sa queue me pompait, et j’entendis s’échapper de moi les mêmes cris à pleine bouche qui m’avaient échappé quand j’étais attaché à la roue, sous le battoir du Maître du Fouet. Je sentis ma queue agitée de soubresauts et je vis tous ces visages autour de moi, et je savais que j’étais seul dans la chambre à coucher du Maître, que j’étais son esclave et qu’il ne me laisserait pas en ressortir tant qu’il n’aurait pas amené ma queue à laisser jaillir encore une fois la tempête qui s’accumulait en moi.
Ma queue avait perdu la mémoire. Elle allait et venait entre ses doigts glissants, et ses coups de boutoir dans mon arrière-train se faisaient plus longs, plus rapides, plus brutaux. Lorsque ses hanches cognèrent dans ma croupe chauffée à blanc, je me sentis approcher du pinacle. Et, quand il laissa monter un gémissement sourd et tremblant en me secouant furieusement, je sentis ma queue exploser encore une fois dans l’étroit fourreau de sa main, et cette fois l’explosion me parut plus lente, plus profonde, plus totalement dévastatrice. Je m’effondrai en arrière, contre lui, ma tête roula sur son épaule, sa queue me martelant et se convulsant au-dedans de moi.
Durant un long moment, nous ne bougeâmes pas. Puis il me souleva et me repoussa vers les oreillers. Alors je m’allongeai, et il s’allongea auprès de moi. Il avait le visage détourné, et, à moitié assoupi, je fixai son épaule nue et ses cheveux blancs. J’aurais du être gagné par un sommeil irrépressible. Mais ce ne fut pas le cas.
Je ne cessai de penser que j’étais seul avec lui dans cette chambre, qu’il ne m’avait pas encore éconduit et que rien de ce qui m’était arrivé ne s’effacerait. Cette pensée restait constamment présente à mon esprit. Et elle me fit tenir ma langue, comme si j’avais été sur le point de prendre la parole. Cela me poussa à garder les yeux ouverts.
Il se passa peut-être un quart d’heure. Les chandelles dispensaient une belle lumière diffuse et mordorée, et je me penchai en avant pour déposer un baiser sur l’épaule de mon Maître. Il ne m’arrêta pas. Je lui embrassai le bas du dos puis je lui baisai les fesses. Lisses, exemptes de toute rougeur, de toute marbrure, virginales, les fesses d’un Maître au village, d’un Seigneur ou d’un Souverain au château.
Je le sentis s’exciter sous moi, mais il ne dit mot. Et je baisai la fente entre ses fesses, et je dardai la langue jusqu’en bas, jusqu’à l’anneau rose de son anus. Je le sentis se ranimer un peu. Il ouvrit insensiblement les jambes, et je lui écartai un peu plus les fesses. Je lui lapai sa bouche rose et menue, j’en goûtai l’étrange acidité. Je la mordis de mes dents.
Mon propre dard gonflait contre le drap. Je descendis un peu plus bas dans le lit, je vins me placer sur ses jambes, avec délicatesse, à croupetons au-dessus de lui, et j’appuyai ma queue contre ses jambes tout en lui léchant sa petite bouche rose et en la poignardant à coups de langue.
D’une voix feutrée, je l’entendis me dire :
— Si vous voulez, vous pouvez me prendre.
J’éprouvai la même stupeur paralysante que j’avais éprouvée lorsqu’il m’avait dit de me mettre au lit. Je pétris et baisai ses fesses soyeuses, et je lui grimpai dessus, le couvris, écrasai ma bouche contre sa nuque et passai mes mains sous lui. Je trouvai sa queue déjà raide et je la saisis dans ma main gauche, tout en le saillant de ma propre queue, tout au fond. C’était étroit et râpeux, une excitation indescriptible.
Je fus pris d’un petit tressaillement. Mais j’étais encore bien lubrifié et ça coulissa aisément Puis je m’agrippai des deux mains autour de sa queue et je poussai vers le haut, si bien que ses genoux décollèrent presque, le visage toujours appuyé contre l’oreiller. Et je le chevauchai au galop, et, de l’entendre gémir, je claquai mon ventre contre ses fesses nettes et douces, tirai sur sa queue pour qu’elle raidisse tant et plus, jusqu’à ce qu’il pousse un hurlement, que je me libère en lui, et sa semence dégoulina sur mes doigts.
Cette fois, quand je me recouchai sur le dos, je savais que j’allais pouvoir m’endormir. Mes fesses cuisaient sous moi, et les marbrures derrière mes genoux me démangeaient, mais j’étais satisfait. Je levai les yeux sur le dais de satin vert au-dessus de ma tête et sombrai dans l’inconscience. Je m’aperçus qu’il remontait la couverture sur nous deux, qu’il avait soufflé les chandelles, et je sentis que son bras s’était posé en travers de ma poitrine, et puis je ne m’aperçus plus de rien, sinon que je sombrai toujours plus profondément et que l’endolorissement de tous mes muscles et de mes chairs était quelque chose de merveilleux.